Puzzle Journal

"La structuration de l'identité épouse la structuration des systèmes de pouvoir à l'échelle mondiale" G.Corm.

Le Roman de Popol

Lundi 19 mai 2008 1 19 /05 /Mai /2008 20:15

Où étais-tu Popol ? où étais-tu les jours de grand orage ? sur ta barque réfugié tandis que nous regardions le ciel s'assombrir !
Tu n'as rien compris ! rien de ce que nous avons vécu, nous autres restés sur terre ! Tu as joué à l'homme seul, à celui qui désespère des hommes, drapé de ton nihilisme là où nous affrontions les balles ! Qu'as-tu fais de ta soeur ? qu'as-tu dis à ta mère ? Le jour où le ciel s'est assombri et que les bombes sont tombées d'une pluie averse sur la ville ! Comment as-tu expliqué ton histoire aux poissons qui t'accompagnent désormais ? quel nouveau passé as-tu pu t'inventer pour pouvoir te fuire comme tu as fuit ton pays ?
Qu'as-tu compris de l'inimaginable fragmentation que nous avons connu ensuite ? les murs qui se dressaient lentement, sans discontinuer, entre chaque morceau de terre, entre chaque village, entre chaque quartier, entre chaque famille, entre chacun avec l'autre et avec lui-même ! la panne de la parole, ultime, durable ! l'affaissement des repères, la perte de soi ! Qu'as-tu connu du règne de l'invective, du verbe craché, hurlé ? 
Réfugié sur ta barque, regardant le monde avec dégoût, tu t'es offert un luxe auquel nous ne pouvions penser ! te regarder, toi et ta vie, te lamenter sur ta vie et sur toi ! des malheurs du monde et de son absolue vacuité !
Mais qu'as-tu connu des malheurs du monde dont nous déjeunions tous les midis, dont nous dînions tous les soirs, dont nous rêvions toutes les nuits ? Nos lumières nocturnes étaient faites des fusées brûlantes de la terreur et de la mort et nos pensées étaient occupées à trouver nourriture et refuge pour nos fils !
Qu'as-tu pensé lorsque de loin, tu voyais s'embraser les collines ? Qu'as-tu senti lorsque la misère s'est emparée de nos foyers et de nos vies, et qu'elle nous a traîné dans les rues sans sourciller ?
Ton roman est un mythe que tu as trempé dans les mers et qui fuit comme les eaux la véritable histoire de ta vie. Approche-toi de moi Popol, que je te raconte à nouveau la bêtise et la guerre, la vraie, l'infinie bêtise et l'histoire de ceux qui l'ont vécue et cultivée.

Par Kaliayev - Publié dans : Le Roman de Popol
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Samedi 28 avril 2007 6 28 /04 /Avr /2007 18:44

On a tout dit, tout écrit déjà...

Les coeurs qui saignent, les mémoires qui pleurent, les passés qui ne reviendront plus...

Poussières - les poussières !

Une voix surtout rappelle les atmosphères d'avant la poussière ! Musiques d'alors... le son, le même qu'on écoutait enfant !

Sous les paupières closes, le défilé ou cortège, repasse ! confusion ! et nausée au ventre. 

Les certitudes sont fragiles ! font semblant, portent des masques pour faire croire aux certitudes !

Il n'y a aucune certitude ! Tout juste un vague doute saumâtre mêlé à la vase de nos vaines croyances. Et l'on s'en barbouille l'esprit et la gueule pour continuer à survivre !

La magistrale farce ! Et l'on se retrouve tout d'un coup désarmé, le plomb plein les poumons, oppressé, immobilisé, skotché dans un salon de trop ! pédalant dans une impuissance de boue et dégueulant devant son incapacité à se révolter !

Poussières - les poussières en silence se posent !

et lentement l'on disparaît... médiocre et dissout ! on épouse les ombres...

 

Par Kaliayev - Publié dans : Le Roman de Popol
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Jeudi 5 octobre 2006 4 05 /10 /Oct /2006 19:40

Affalé sur la grève, Popol...  

Des nuages comme des moutons courent au soleil et traînent leurs ombres sur un sable en peau de léopard.

Les vagues comme un torrent remonté remuent leurs crinières et viennent bruyamment manger la terre !

Popol est souffleté par les vents, chefs d'orchestres magistraux qui mettent la nature en danse et en euphorie.

Une transe un jour de fin d'été, sur l'atlantique. 

 

Par Kaliayev - Publié dans : Le Roman de Popol
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Dimanche 5 février 2006 7 05 /02 /Fév /2006 13:28

Une histoire à pas tenir debout !… Il est certaines manies qu’on a du mal à quitter… Comme un pyjama usé, depuis toujours porté, une peau de nuit qu’on se renfile la moitié de sa vie, et qu’on ne veut plus changer… Quelqu’un qui nous pique chaque jour un peu plus, doucement, imperceptiblement, la dose injectée sans façons, qui circule de veine en veine et puis…on se couche pour longtemps, assis dans un fauteuil qui se ride, couchés, assis, on légumise, on cultive les tics, cultivés qu’on est par l’habitude… Le fameux jour où j’ai croqué Popol, l’habitude en a pris pour son compte… Eh ! vous croyez quoi ? Je ne suis pas à me laisser faire, jamas dirait Diegito. Le Popol, plus reconnu depuis, il est avec la mer maintenant, son amie… 

Je dois donc par exemple pour écrire, me débarrasser de vieilles habitudes, parce qu’à force je m’ennuie moi-même. Ces sortes de tics qui poursuivent un style, qui lui donnent du relief bien sûr oui, mais ces tics, ça doit pas revenir trop…juste de quoi donner un La, des soubresauts grâce auxquels la phrase va danser sans chavirer, enfin pour faire dire, comme une signalétique : Ah ! ça c’est du.  Mais revenons à Popol que j’avais laissé croqué par ci, là, enfin pas très joli. Depuis il s’est rafistolé la gueule tout de même ; y en a qui se rafistolent le moral, lui Popol la gueule ça suffit. Il travaille aujourd’hui près du port, pêcheur de nuit, à traquer le poisson sous les étoiles, au milieu des lumières éclatées des barques que l’eau reluit et disperse sur sa surface incertaine, comme une semence de galaxies nouvelles. Les flots se font miroir du ciel et les incandescences nocturnes prennent le bain, et les luisances qui se parlent dans cette joaillerie sans électricité font pleuvoir sur Popol des cuivres de stridences, des aigus puis des graves puis plus rien…un cliquetis de vaguelettes, un poisson qui gigote dans le panier, là derrière. Popol aime attendre jusqu’au bout, que la nuit se tire, comme un voile, qu’on la fasse glisser au fond de l’horizon pour que le rose jeune du matin à peine né lui caresse les yeux… Qu’il lui glisse dans l’oreille puis sur la nuque en rayons doux, légers. Popol dort dans sa barque tel quel, et peu à peu le soleil grimpe la voûte et lui parle de plus en plus fort. Ay Ma Donna lé Midi qu’il me tappe la cabocha. La barque, elle secoue, elle patiente et puis le poisson il pourrit doucement, il gigote plus, il dilue son sel au soleil, et ça fond, ça coule, ça miroite… La narine du Popol le cherche. Ay merda le poisson il est mort. Il sourcille au ciel, ay tou ne me laisse pas tranquille toi eh, lève un bras, maudit encore, puis se recouche sur le côté. La barque vire à droite mais ne rouspète pas… Là-bas la ville braille déjà, et ça chauffe comme une marmite, un chaudron tiens ! poutana dé cità, des volutes d’échappement de voitures et des immeubles qui te gueulent dessus dès que tu les regardes, énormes, en vitres, avec du soleil plein la façade, agressifs. On se lève, on se parle et dans tous les sens bientôt la cohue, bousculade, marmelade d’hombres toujours pressés, eh ! et sans jeux dé mots s’il vous plaît. Autrefois détruite, la ville aujourd’hui bave, elle suinte ; elle s’est donnée une nouvelle tête, qui se penche comme ça sur les eaux… Elle se tortille à la lumière et s’exhale en vapeurs gazogènes… La barque vire à gauche…

 C’est dans cet état que j’ai retrouvé le Popol, il avait changé quand même, buvait plus Popol ! Il me disait tout ça lorsqu’il m’invitait sur sa barque, et on riait un peu… Puis il me donnait de son poisson des fois, et c’était pas mauvais mauvais… Puis on se rappelait notre enfance et on pleurait un peu, qu’elle est partie…et qu’après l’enfance c’est la mort, alors… Alors Popol, il ne veut plus revenir sur terre, il veut plus.

 Le soleil s’emmerde à taper et commence à décliner. Puis le Popol, rien à faire, il veut pas entendre raison. Il se tourne encore, puis se retourne et la barque répond, quelques grincements de bois mais ça va, et puis il se relève un peu voir, la terre au loin, s’ils se sont calmés, et puis le ciel, et l’eau et se dire tiens c’est drôle la couleur du ciel et de l’eau suivent les mêmes déclinaisons, bientôt du turquoise ils vireront violet et puis noir, et puis chose encore plus drôle, je rallumerai ma lampe et lancerai à nouveau mes signaux aux vents, aux vagues, qu’ils se les transmettent encore et encore, en morse, en braye, qu’ils se les reluisent d’or et se les fassent danser sur le dos jusqu’à un autre rivage, pour les siècles des siècles…

 

 

Par Kaliayev - Publié dans : Le Roman de Popol
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Jeudi 2 février 2006 4 02 /02 /Fév /2006 01:15

jeudi, février 20, 2003 :::
 
En attendant, je regarde le temps ronger toutes les assurances de l'enfance... ou alors...
En attendant, je regarde le temps ronger toutes les insouciances de l'enfance.

C'est ce que répétait le vieux Popol sur sa vielle barque de pêcheur.

Dans sa tranchée, Joseph lui, n'avait pas le temps de penser à ça. Il regardait au-dessus de lui passer les miliciens en baskets, en bottes militaires, en pantoufles, dans le fracas des bombes et des balles. Il avait été sonné par trois obus tombés autour de son trou, et étalé à même le sol, il regardait sans voir les soldats ennemis passer... Brouillard sur la plaine, et cerveau brumeux. Des ombres dansent dans le ciel, et remuent leurs bras chétifs, et le feu les terrasse les uns après les autres. Bruits sourds d'un tambour au loin... Eph ! eeeeph ! oseph... ! La main franche du capitaine empoigne Jospeh et le tire violemment hors du trou ! Le vent qui vient lui violenter la joue porte avec lui des senteurs de souffre et de mort, des senteurs de haine et de sang. Les pieds fragiles, flageolants, il est traîné dans la boue et à travers un cyclone de rafales, dans un nouveau refuge à l'arrière. Des cris d'hommes reviennent à lui soudain et il voit sur sa gauche le bras déchiré de son compagnon de tranchée... L'orchestre alors remet sa symphonie à jour, et dans les fracas des cymbales, le théâtre des opérations s'enflamme de plus belle dans un tourbillon de sons et de lumières, et les vies comme une nouvelle récolte, sont fauchées une à une dans le déchaînement des forces.



::: posted by Kaliayev at 6:06 AM

Par Kaliayev - Publié dans : Le Roman de Popol
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