Puzzle Journal

"La structuration de l'identité épouse la structuration des systèmes de pouvoir à l'échelle mondiale" G.Corm.

Lundi 6 février 2006 1 06 /02 /Fév /2006 20:02

Lecture de l'intégrale du "Cri du Peuple" de Vautrin et Tardi  :

Mention : excellent à tous les niveaux ! Tardi est toujours aussi bon pour exprimer avec ses coups de crayons le Paris des quartiers popuaires, la petite vie des bas-quartiers, la crasse, le brut, la poésie involontaire des gueules un peu cassées des prolos.

Vautrin est virtuose dans l'utilisation poétisée du parler populaire. La poésie involontaire, c'est aussi ces innombrables images, ces métaphores profondes qui se dégagent de l'expression courante et vulgaire sans pose ni déclamation :

" Grande carne (...), prépare tes fioles, y'en a un avec nous qu'est su'l'point de rendre ses clefs... y'a urgence à l'retaper !"

" Vot' ramassé est cassé d'partout ! va falloir les grands remèdes pour lui r'paver l'domino".

On pense bien sûr à Barbusse, à Céline.

Une oeuvre complète, riche dans sa langue et son scénario. Admirablement mise en dessin par Tardi.

A lire absolument !

Par Kaliayev - Publié dans : CRiTiCaTUre
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Dimanche 5 février 2006 7 05 /02 /Fév /2006 13:28

Une histoire à pas tenir debout !… Il est certaines manies qu’on a du mal à quitter… Comme un pyjama usé, depuis toujours porté, une peau de nuit qu’on se renfile la moitié de sa vie, et qu’on ne veut plus changer… Quelqu’un qui nous pique chaque jour un peu plus, doucement, imperceptiblement, la dose injectée sans façons, qui circule de veine en veine et puis…on se couche pour longtemps, assis dans un fauteuil qui se ride, couchés, assis, on légumise, on cultive les tics, cultivés qu’on est par l’habitude… Le fameux jour où j’ai croqué Popol, l’habitude en a pris pour son compte… Eh ! vous croyez quoi ? Je ne suis pas à me laisser faire, jamas dirait Diegito. Le Popol, plus reconnu depuis, il est avec la mer maintenant, son amie… 

Je dois donc par exemple pour écrire, me débarrasser de vieilles habitudes, parce qu’à force je m’ennuie moi-même. Ces sortes de tics qui poursuivent un style, qui lui donnent du relief bien sûr oui, mais ces tics, ça doit pas revenir trop…juste de quoi donner un La, des soubresauts grâce auxquels la phrase va danser sans chavirer, enfin pour faire dire, comme une signalétique : Ah ! ça c’est du.  Mais revenons à Popol que j’avais laissé croqué par ci, là, enfin pas très joli. Depuis il s’est rafistolé la gueule tout de même ; y en a qui se rafistolent le moral, lui Popol la gueule ça suffit. Il travaille aujourd’hui près du port, pêcheur de nuit, à traquer le poisson sous les étoiles, au milieu des lumières éclatées des barques que l’eau reluit et disperse sur sa surface incertaine, comme une semence de galaxies nouvelles. Les flots se font miroir du ciel et les incandescences nocturnes prennent le bain, et les luisances qui se parlent dans cette joaillerie sans électricité font pleuvoir sur Popol des cuivres de stridences, des aigus puis des graves puis plus rien…un cliquetis de vaguelettes, un poisson qui gigote dans le panier, là derrière. Popol aime attendre jusqu’au bout, que la nuit se tire, comme un voile, qu’on la fasse glisser au fond de l’horizon pour que le rose jeune du matin à peine né lui caresse les yeux… Qu’il lui glisse dans l’oreille puis sur la nuque en rayons doux, légers. Popol dort dans sa barque tel quel, et peu à peu le soleil grimpe la voûte et lui parle de plus en plus fort. Ay Ma Donna lé Midi qu’il me tappe la cabocha. La barque, elle secoue, elle patiente et puis le poisson il pourrit doucement, il gigote plus, il dilue son sel au soleil, et ça fond, ça coule, ça miroite… La narine du Popol le cherche. Ay merda le poisson il est mort. Il sourcille au ciel, ay tou ne me laisse pas tranquille toi eh, lève un bras, maudit encore, puis se recouche sur le côté. La barque vire à droite mais ne rouspète pas… Là-bas la ville braille déjà, et ça chauffe comme une marmite, un chaudron tiens ! poutana dé cità, des volutes d’échappement de voitures et des immeubles qui te gueulent dessus dès que tu les regardes, énormes, en vitres, avec du soleil plein la façade, agressifs. On se lève, on se parle et dans tous les sens bientôt la cohue, bousculade, marmelade d’hombres toujours pressés, eh ! et sans jeux dé mots s’il vous plaît. Autrefois détruite, la ville aujourd’hui bave, elle suinte ; elle s’est donnée une nouvelle tête, qui se penche comme ça sur les eaux… Elle se tortille à la lumière et s’exhale en vapeurs gazogènes… La barque vire à gauche…

 C’est dans cet état que j’ai retrouvé le Popol, il avait changé quand même, buvait plus Popol ! Il me disait tout ça lorsqu’il m’invitait sur sa barque, et on riait un peu… Puis il me donnait de son poisson des fois, et c’était pas mauvais mauvais… Puis on se rappelait notre enfance et on pleurait un peu, qu’elle est partie…et qu’après l’enfance c’est la mort, alors… Alors Popol, il ne veut plus revenir sur terre, il veut plus.

 Le soleil s’emmerde à taper et commence à décliner. Puis le Popol, rien à faire, il veut pas entendre raison. Il se tourne encore, puis se retourne et la barque répond, quelques grincements de bois mais ça va, et puis il se relève un peu voir, la terre au loin, s’ils se sont calmés, et puis le ciel, et l’eau et se dire tiens c’est drôle la couleur du ciel et de l’eau suivent les mêmes déclinaisons, bientôt du turquoise ils vireront violet et puis noir, et puis chose encore plus drôle, je rallumerai ma lampe et lancerai à nouveau mes signaux aux vents, aux vagues, qu’ils se les transmettent encore et encore, en morse, en braye, qu’ils se les reluisent d’or et se les fassent danser sur le dos jusqu’à un autre rivage, pour les siècles des siècles…

 

 

Par Kaliayev - Publié dans : Le Roman de Popol
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Vendredi 3 février 2006 5 03 /02 /Fév /2006 21:36

PuZZe-l-isaTion :

Citons d'abord Maxime Rodinson :

" La spécificité irréductible est supposée à tous les niveaux possibles, les motivations et les traits universels sont niés ou dédaignés. Contrasdictoirement, la seule universalité possible est conçue comme l'adoption du modèle européen sous tous ses aspects. On en proclame la nécessité, en en soulignant aussitôt l'impossibilité par suite de la spécificité si accentuée des non-Européens, ce qui conduit à en rejeter la réalisation dans un vague avenir, en acceptant pour le moment la perpétuation des cultures exotiques sous leur forme dégradée et politiquement dominée. Les Orientaux semblent d'ailleurs donner raison à ce diagnostic, à cette vue des choses, pour certains en adoptant le modèle européen, en commençant par ses aspects les plus superficiels,  pour les autres en opposant un refus total, accroché aux valeurs les plus archaïques de leur culture (...). Les réactions violentes des foules à l'emprise européenne sont cataloguées, archaïsées, éternisées et dénigrées à la fois comme manifestations du fanatisme musulman. (...)

L'Europe victorieuse voit dans toutes les tentatives de résistance à sa domination une actiité perverse à l'oeuvre, un complot sinistre auquel, par un mécanisme constant dans l'histoire des idéologies, elle attribue une illusoire unité de direction, une application méticuleuse à l'exécution de ses noirs desseins, des méthodes traîtresses, cruelles, machiaveliques. Toute manifestation anti-impérialiste, même surgie de réactions purement locales, était attribuée au panislamisme".

Maxime RODINSON, in La Fascination de l'Islam, La découverte/Poche. Edité en 1980 la première fois !!

Y'a-t-il besoin d'en dire davantage ? En dehors du fait que l'actualité de ce texte datant de 26 ans déjà est frappante. Et que nous n'avons malheureusement pas évolué sur ces questions, bien au contraire... L'Occident continue de représenter l'Orient "musulman" comme une entité finie et génétiquement déterminée à demeurer dans l'archaïsme et la barbarie. Et l'Orient désorienté, battu, mille fois battu, frustré, pauvre, déçu, mille fois déçu, se replie et s'habille de plus en plus de ce costume poussiéreux dont on jure qu'il est fait pour lui, qu'il est de lui, et joue ce numéro funeste avec de plus en plus d'adresse.

Il est plus que temps de valoriser la diversité, l'immense diversité et complexité qui caractérisent une civilisation multi-éthnique, multi-identitaire, multi-nationale, multi-culturelle... avant que l'uniformisation des pensées et des masses à l'oeuvre ne finisse par donner raison aux tenants acharnés du culturalisme.

 

Par Kaliayev - Publié dans : Puzzel-l-isation
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Vendredi 3 février 2006 5 03 /02 /Fév /2006 00:41

jeudi, septembre 29, 2005 :::
 

 
Reprise du journal aujourd'hui. Parce qu'il fallait une occasion sans doute; parce que jamais je n'ai pensé arrêter... parce qu'on se rend compte ainsi de la force du travail qui vous entraîne une année entière dans la gueule d'une tornade où l'on ne maîtrise plus rien que son agenda professionnel...
Alors par le Chat fou, son blog... je m'y remets pour reprendre ce chantier infini.
Entre temps qu'est devenu le monde ? idem pareil.
L'Irak a sombré, les ricanobrittons apportent le droit de vote à des cadavres déchiquetés... la belle affaire ! c'est un peu comme la liberté qu'on a apporté aux pays de l'Europe orientale en leur retirant leurs droits au travail, à la santé, à un logement, à l'éducation... Mais ils votent ! et bien en plus. Regardez la Pologne ! 20% de chômeurs et un vote encore plus libéral !!! Faut dire que les socio-machins ont tout merdé et piqué dans des caisses obscures ! mais c'est comme en France où l'on vote NON au traîté constitutionnel et où Sarko se maintient à 60% !
Paradoxes démocratolusques !
Et moi ?
Idem pareil ?
A suivre dans un prochain post sur les questions du "bonheur". Ce truc qui "use les coeurs".
 


::: posted by Kaliayev at 12:02 PM
Par Kaliayev - Publié dans : Nouvelles de l'Outre Espace
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Vendredi 3 février 2006 5 03 /02 /Fév /2006 00:40

vendredi, janvier 23, 2004 :::
 

 
Ca y est ! j'ai trouvé mon refuge !
Quant on a eu l'impression que tout était pippé... qu'il y avait un ver dans chaque pomme ! Que l'humanité était vraiment la pire vacherie faite à l'univers ! quant on a vu la tête d'un ministre de l'intérieur à toutes les devantures de kiosques et qu'un ministre de l'éducation constipé explique que la laïcité c'est aussi le bandana rouge à proscrire ! quant on a vu des noirs du Suriname se venger de l'esclavage qui a été subi par leurs parents sur des métisses du Brésil venus gagner leur vie clandestinement dans le plus grand département français; et les amérindiens de Guyane faire les frais de ce méchant commerce d'or qui fait des trous à la forêt et lache dans les eaux du mercure qui déforme les gueules des nouveaux nés... quant on a gavé les vaches et qu'on a merdouillé les bides des poules... quant on laisse emmurer des populations entières sans lever le petit doigt, et qu'au nom d'un livre sssssaint on redistribue des terres impunément; quant on aspire à la complexité et qu'à chaque parole prononcée, on n'entende que des platitudes... et quand, pire encore, on aspire à expliquer la nuance et qu'on se rend compte de la force de la simplification... quant on rentre usé, un peu le moral par terre, un peu sous la grisaille qui ne bouge plus et laisse echapper de sa bâche des goutelettes pisseuses, alors... alors pour nous sauver de la despérance, on trouve en l'ayant oublié, le dernier refuge.
Non je ne vais pas me mettre à chanter Give me Shelter, mais que ce concert de jazz fut bon !!..
Sorti du monde et entré en salle de concert, enfoncé dans mon siège capitoné, je me suis laissé aller enfin à la magie. Wayne Shorter Quartet ! un petit bijou de bonheur ! l'harmonie complète qui ne fait de mal à personne; le génie humain qui se raconte au fil de la petite note qui tue, et de la composition de virtuose. L'alliance parfaite entre la section rythmique et la mélodie. La contre-basse de Pattitucci qui court de note en note et fait vibrer la tension libératrice du jazz de Shorter. Et la batterie : paf, papaf, les caresses aux cymbales qui les vibrent et en libèrent des sons d'or.. les saccades impensables, arythmiques, syncopées ! pafpapaf, tsstsss, frapadong tatapaf paffpapafff...
Et Shorter qui ponctue chaque envolée par un crissement de sax ! et on s'enfonce dans le plaisir... on ferme les yeux et on regarde les compositions se dessiner.
On déguste à pleines lèvres et toutes les migraines accumulées qu'aucun remède n'aurait pu adoucir, s'estompent lentement, sereinement...
 


::: posted by Kaliayev at 8:58 AM
Par Kaliayev - Publié dans : Puzzel-l-isation
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